Le marché aux étiquettes

par | 13 avril 2018 | 0 commentaires

La diffusion médiatique : livres, articles de presse, télévision, Internet, font beaucoup pour faciliter l’accès à l’information. La psychologie n’est pas épargnée par cette vulgarisation qui veut proposer des clés pour mieux se comprendre et mettre des mots sur ses souffrances. Mais comme chaque fois, il y a le revers de la médaille.
Ce revers est la dictature des mots : certains qualificatifs deviennent des armes dressées contre des personnes.

La pensée dominante les affranchit de leurs racines et leur laisse prendre leur autonomie de façon illicite. Regardez le mot « météo ». Il remplace de façon quasi officielle le mot « temps ». Or la météo est une façon de décrire le temps qu’il fera, mais n’est pas le temps.
Et je ne parle pas des mots anglais …

La vulgarisation de la psychologie — je dis bien « vulgarisation » — devient une trousse à outil pour qui veut porter à son (sa) collègue, son (sa) manager, son (sa femme) mari, le coup fatal. Et l’arme est un mot que son origine savante défausse soit disant de toute malignité. Or c’est de la médisance qui est en fait derrière son utilisation.

Ces mots, vous l’avez deviné, sont entre autre : pervers narcissique — très à la mode maintenant, qui n’a pas son pervers narcissique sous le coude —, bipolaire — là aussi il y a une floraison —, et le tout dernier qui vient de sortir et s’adresse en priorité aux mères, c’est toxique.
C’est ainsi que l’on traitera une mère qui a élevé 4 enfants seule de « toxique » parce qu’elle est autoritaire, ou son manager de pervers narcissique parce qu’il ne sait pas faire son travail sans manipuler. Quant aux bipolaires, la population s’est soudainement multipliée par 100.

Mais c’est surtout une façon de diaboliser l’autre et de ne pas voir sa part de responsabilité dans la relation.

Ces mots, autrefois réservés aux cliniciens qui en avaient un usage discret à l’intérieur de leur confrérie sont arrivés sur la place du marché, mais hélas, la trousse à outils n’est pas complète.
Si le clinicien en fait usage, c’est professionnellement. Jamais ces qualificatifs n’arrivent à l’oreille des personnes concernées pour la bonne raison que la vocation du clinicien est d’aider. Car derrière ces personnalités « difficiles » il y a de la souffrance.

Par empathie développons plutôt une qualité intuitive pour comprendre ce qui se cache derrière certains comportements de nos contemporains dont nous nous sentons victimes ou qui nous paraissent étranges.
L’être humain est très complexe et ce dont nous héritons dans une relation peut n’être que de la fonction défensive d’un ego qui se sent fragile. En comprenant que ce n’est qu’une protection nous trouverons peut-être les moyens de ne pas en être victime, et de prendre notre part de responsabilité dans cette interactivité.
Ce qui est en question là c’est notre usage du lien à l’autre : on dit que le vol du papillon dans un lieu crée l’ouragan aux antipodes, de la même manière, notre empathie et notre compréhension vont enrichir cette longue chaîne de bien-être qui fait le tour du monde.

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