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Avant même que nous ne sachions parler, nous avons été baignés dans la dualité : par exemple, bébé, l’alternance de la satisfaction de la tétée et du manque du sein, ou bien l’alternance du jour où nous nous sentons bien et de la nuit qui nous fait peur.
Puis dès que notre mental pointe son nez (âge de raison, vers 7 ans) n’avons-nous pas des petites copines ou des petits copains qui nous po-sent cette question : « et toi tu préfères ta maman ou ton papa ? », ou « tu préfères ta mamie ou ta mamouch ? »

En grandissant l’incitation à prendre parti ne s’arrange pas : un couple de nos amis divorce, nous aimions l’un et l’autre membre du couple, et nous voilà devant un gros problème : allons-nous nous fâcher avec l’un si nous voyons l’autre et vice versa ?
Les médias, chaque jour, nous invitent incidemment à prendre parti ou, plus exactement, tel est notre premier réflexe. Devant une affaire de jus-tice, par exemple, allons-nous être du côté de l’accusé ou de l’accusateur ? À l’intérieur de notre famille des membres s’affrontent, que décidons-nous ?

Comme si nous étions, par réflexe, conditionnés à devoir être manichéens : celui-ci est noir, celui-là blanc, celui-ci gentil, celui-là méchant, etc.

Saurions-nous prendre du recul par rapport à un tel conditionnement ? Saurions-nous ne pas nous engouffrer dans cette illusion qu’il y a toujours un plus et un moins, un mieux et un moins bien, un gentil et un méchant, un beau et un pas beau, un qui est bien et un qui n’est pas bien ?

Et surtout, sommes-nous obligés de réagir ?
Et si nous n’étions pas obligés de le faire ? Pourrions-nous, en pensée, sortir de ce système qui oppose deux entités pour trouver un nouveau sys-tème qui les réunit ! Appelons ça « dézoomer ».

Par exemple, nous connaissons tous, dans le célèbre Sermon sur la mon-tagne, la parole de Jésus : “ Ne vous opposez pas à celui qui est mé-chant ; mais qui te gifle sur la joue droite, tourne aussi vers lui l’autre joue. ” ( Matthieu 5:39). Une invitation au masochisme ? Non, une astuce qui nous fait sortir de ce cercle infernal de la vengeance. Car à partir du mo-ment où nous tendons l’autre joue, nous offrons à notre adversaire une porte de sortie de la dualité, et donc de la vengeance interminable. Certes, s’il frappe et réfléchit après, c’est douloureux mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

En pratique, une position de sagesse telle que le philosophe Husserl la propose serait de suspendre notre « jugement a priori ». Faisons sortir l’objet du champ du mental pour voir les choses de plus haut. C’est aussi le rôle de l’humour.

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