Et le 8ème jour naquit la psychologie

par | 2 janvier 2018 | 1 commentaire

Je souhaite inaugurer cette année 2018 avec des rimes d’Arthur Rimbaud qui, mieux que quiconque, a restitué, à travers son œuvre, un témoignage poignant des conditions de vie de son époque (1854-1891).

Témoignant de la guerre (Le Mal, Le Dormeur du Val, …), de la religion (Les Pauvres à l’Église, …) de l’amour (Rêves pour l’hiver, La Maline, …), d’humains trop humains (Accroupissements, Les Assis, …) et surtout de l’enfance (Les poètes de 7 ans, Les Effarés, …), son œuvre va chercher au fond de nos tripes ce que nous aimerions que le banal nous aide à dénier.

Les rimes ci-dessous sont tirées de son poème : « Les effarés ».

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond, 

À genoux, cinq petits – misère! –
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.
….
Ils sont blottis, pas un ne bouge
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses,
Entre les trous,
….

Et je pourrais poursuivre, avec ce poème et avec d’autres pour montrer à quel point la misère sociale dans notre pays touchait aussi l’enfance, qu’elle faisait partie du quotidien. Cette scène évoquée par le poète n’a rien d’original pour ce siècle.

Quand à cette époque l’urgence était encore de l’ordre de la survie, la psychologie passait au second plan. Elle n’existait pas. On ne parlait pas de ses états d’âme et encore moins dans les milieux ruraux. Tout juste s’y autorisait-t-on dans les milieux artistiques.

Ainsi construites sur les urgences vitales, des générations et des générations ont enkysté dans leur patrimoine « psycho-généalogique » des mémoires de souffrance physique et psychologique.

Au début de ma carrière, quand je faisais de la psychomotricité avec les enfants que je suivais en Normandie, il n’était pas rare que je sois confrontée à une telle misère : enfants battus, mal nourris, violences sexuelles. La psychologie était encore à ce point mal connue que certains parents disaient que je faisais de la « cyclomotricité ».

L’école commençait à repérer les enfants en difficulté et conseillait le CMPP aux parents.

Petit à petit, très petit à petit (toute rupture épistémologique dans les sciences met au moins 50 ans à être intégrée par la culture « officielle »), depuis Freud, des psychanalystes célèbres ont théorisé sur la souffrance précoce de l’enfant et ses conséquences sur son équilibre psychique.

Certains ont révélé l’importance de la grossesse, de la naissance et des premiers mois de vie.

D’autres nous ont appris que ces mémoires se transmettaient de génération en génération et formataient nos destins à notre insu.

D’autres encore peuvent maintenant les soigner non seulement grâce à la parole, aux mots du corps, à l’hypnose mais aussi au travail énergétique subtil. Ils intègrent officiellement la dimension de l’intuition à leur travail.

Il est essentiel que nous soyons conscients et vigilants car nous créons les générations futures. En « nettoyant » notre être, nous allégeons le fardeau des générations qui nous suivent. En étant attentifs, à l’écoute de nos enfants (car chaque génération apporte avec elle un souffle nouveau que nos mentals « anciens » ne captent pas), nous permettons le progrès psychologique.

Être éveillé, ouvert tout en étant ferme et prendre soin de la première enfance, voilà la petite goutte que nous pouvons apporter à notre future humanité. Et la psychologie nous y aide en nous offrant le miroir qui nous permet de comprendre qui nous sommes pour nous et pour les autres.

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