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Les temps changent … La psychologie a enfin pris sa place dans notre société. Si quelques dinosaures jugent le phénomène exagéré, déplorant la mise en place de cellules de crise pour à peu près tout et n’importe quoi – à se demander parfois si la cellule de crise n’est pas une manière habile de gommer l’impact dramatique de l’événement sur le public, mais ceci est une autre histoire – notre société devrait continuer de s’en réjouir. Souvenez-vous. Pas plus tard qu’il y a 60-70 ans, parler de soi, « ça ne se faisait pas ». Il ne fallait pas se plaindre. L’enfant était renvoyé à un « t’as déjà de la chance d’avoir un toit et à manger! ». Ce n’était pas tout à fait faux… Les européens sortaient de la guerre, et peu auparavant, c’étaient la famine et les maladies qui tuaient. Pas le temps de se pencher sur son petit nombril… La douleur était étouffée sous la contingence d’une existence difficile. On allait, au mieux, se confesser, et on comptait sur ses enfants pour absorber les chocs qu’on n’avait pas réussi/voulu réparer, se refilant gentiment ses névroses de génération en génération. On ne savait pas ce qu’elles étaient. Encore moins qu’elles étaient contagieuses… Maintenant l’enfant a acquis le droit de parler. Donc l’adulte celui de raconter son histoire, celui d’espérer qu’on le croie, enfin ! Combien d’existences gâchées par des maltraitances, des incestes ou des viols ? Combien de filles engrossées et assassinées, combien de familles infestées par des droits de cuissage paternels ou grand-paternels impunis ? Combien de sexualités abîmées, de vies sabotées ? Combien de crimes restés impunis ? Si par malheur l’enfant venait à raconter, il était un menteur, un fabulateur. Combien de mères complices à leur corps défendant ? Accuser le chef de famille, c’était menacer la survie du groupe familial, en ces temps où la femme était dépendante de son mari. Ces histoires dramatiques se disent maintenant dans nos cabinets. La souffrance continue, sourde, entâchant l’estime de soi. La « résilience » se tapit derrière des façades de vie étayées à la va-vite, non pas comme on veut, mais comme on peut. Les larmes prêtes à jaillir après des décennies d’incarcération derrière les paupières… « Je ne pouvais pas le dire ». « On m’a traité de menteur » (un homme abusé par son beau-père). D’autres, filles comme garçons, abusés par des éducateurs de « confiance », par le clergé (mais il n’avait pas le monopole)… Combien de suicides se sont substitués à ces paroles qui ne pouvaient se dire ? Les abus sur les enfants étaient monnaie courante : aucun interdit n’était posé officiellement. Posons-nous cette question: à quel moment dans l’éducation est posé l’interdit de toucher à un enfant ? « Un adulte sain ne fera jamais ça » me répondra-t-on. Oui, mais le pédophile sait-il qu’il n’est pas sain? Sait-on seulement que le problème du pédophile est qu’il se croit dans un corps d’enfant ? Il y a deux niveaux à examiner, le premier est social, éducatif, le second est psychologique. Il faut soigner les victimes mais aussi les bourreaux. Alors au travail.

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