« La sophrologie est une science, ou mieux, une école scientifique, qui étudie la conscience, ses modifications et les moyens physiques, et psychologique, pouvant la modifier, à des fins thérapeutiques, prophylactiques ou pédagogiques, en médecine et en psychologie. »

Telle est la définition de son fondateur, le docteur Alfonso Caycedo, psychiatre, colombien, dont les recherches ont débuté en Espagne.

Le terme lui-même est issu du grec : sos, signifiant « harmonie » et phrène, « esprit ou âme »..

HISTORIQUE

Cette méthode thérapeutique prend sa source dans un insatisfaction profonde et éprouvée par Caycedo face à une société moderne dont les structures évoluent si vite que l’homme y a perdu ses références, une société en état de transition, secouée par des crises religieuses, sociales et économiques. L’objet de la recherche de Caycedo est la conscience humaine, sujet on ne peut plus délicat, car rien ne peut se prouver rationnellement dans ce domaine.

La sophrologie s’oppose au système de pensée cartésien dont les trois modes d’investigation face à un phénomène sont, rappelons-le, : le doute, la négation systématique, l’acceptation de l’évidence après les preuves.

Un tel protocole de recherche paraît aujourd’hui bien rigide quand on s’adresse à la richesse de la conscience humaine.

Apport de la phénoménologie

Depuis Descartes, bien des écoles philosophiques se sont attachées à l’étude de la conscience et Caycedo s’est trouvé influencé par Husserl (1859–1938), théoricien allemand de la phénoménologie. Au lieu de douter a priori du phénomène, le phénoménologue adopte une attitude d’ouverture : il suspend son jugement, n’affirme rien, ne nie rien et cherche d’abord à se débarrasser de ses préjugés pour s’imprégner le plus profondément possible du phénomène.

Vient ensuite une phase de « mise entre parenthèses » où il laisse maturer ce que le phénomène observé a laissé comme trace à l’intérieur de lui-même. Le but ultime de cette démarche est d’arriver à l’intuition des essences.

Le sophrologue croit en une réserve cachée des possibilités de la conscience humaine : il va chercher à mobiliser les énergies inutilisées pour permettre à son patient d’élargir sa conscience, sa sensation de vivre, « d’être au monde ».

TECHNIQUES DE LA SOPHROLOGIE

Origines de la sophrologie

La sophrologie doit être une école nouvelle regroupant non seulement les phénomènes hypnotiques, mais aussi les techniques de relaxation–entraînement, autogène de Schultz, technique de Jacobson, etc.–ainsi que tous les états voisins où existent, selon nous, un profond dénominateur commun phénoménologique.
Alfonso Caycedo prend ses distances avec l’hypnose et s’ouvre aux techniques orientales. Ce contact avec l’orient lui révèle la notion de corporalité.

Étude

Il revient en Europe avec sa relaxation dynamique, qu’il soumet à l’épreuve de l’électro-encéphalogramme. Les trois degrés de cette relaxation sont respectivement d’inspiration yogi tibétain et Zen.

Application : un outil

Le docteur Jacques Donnars, président de la Société Française de Sophrologie (SFS) a beaucoup apporté à cette technique en l’ouvrant aux découvertes de la psychanalyse, de l’inconscient et de l’affectivité.
Il insiste sur la notion d’outil thérapeutique que l’alliance sophronique met à disposition du sophrologue, mais aussi du patient : toute relation de pouvoir et de dépendance doit être éliminée.
La relaxation dynamique est un outil pour la redécouverte de sa propre identité à travers son corps et ses images mentales.

Relaxation dynamique du premier degré

Ce premier degré est un instrument d’intégration du schéma corporel, celui-ci étant la sensation que nous avons de notre corps à travers la somme de données proprioceptives immédiates.
–Dans les états normaux, cette sensation s’élargit à une conscience totale de notre corps dans sa permanence temporo-spatiale.
–Dans certains états pathologiques cette unité est détruite pour faire place à une angoisse de morcellement.

Cette bonne intégration du schéma corporel peut être perturbée si, dès la naissance, une relation positive et pleine d’amour n’est venu unir l’enfant et la mère (où son substitut) ; c’est de cet amour que va se nourrir l’enfant pour s’identifier en tant qu’être unique et assimiler les divers sensations de son corps. Il faut que quelqu’un d’autre aime son corps avant qu’il puisse le faire lui-même.

L’apport de la sophrologie est cette parole positive ou « terpnos logos » énoncée par le sophrologue pendant la relaxation et qui va faire son chemin dans la chair même du sujet: on pourrait parler de verbe devenant chair.

Les techniques du premier degré consistent à mobiliser par des mouvements des zones données (ou chakras), et d’utiliser ainsi l’énergie et la sensation accumulée en ce lieu par des mouvements physiques appropriés pour la diffuser à travers le corps selon un schéma bien précis.

On peut parler de polysémie de ces points, c’est-à-dire de leur origine multiple, qu’elle soit historique, symbolique ou intuitive ; leur mobilisation est puissamment thérapeutique et ils sont construits à partir de données physiologiques neurovégétatives.

Sont introduits à l’intérieur de la séance des moments de « sophronisation de base » : le sujet est alors amené à un état de relaxation complète, mentale, physique, en position allongée. Ainsi, parvenu au bord du sommeil, dans l’état de conscience sofro liminal, le sujet peut se permettre d’assouplir ses défenses : il n’est plus en état de stress. Le sophrologue va proposer des thèmes de réflexion à base d’imagerie
mentale afin que le sujet se rende compte de ses mécanismes de projection. C’est la mise en évidence de l’écart entre le sujet et ses représentations.

A la fin de chaque séance, on propose un moment de synthèse permettant aux patients qui le désirent d’exprimer ce qu’ils ont vécu.

Relaxation dynamique du deuxième degré

Après avoir maîtrisé ce premier degré le sujet peut aborder la relaxation dynamique du deuxième degré dont le déroulement est beaucoup plus mental.
Le principe est d’identifier en soi la nature des trois niveaux qui nous constituent:
– Le centre intellectuel: la tête
– Le centre affectif: le thorax
– Le centre instinctive-moteur: le ventre et le bassin.
Ces trois étages de l’être humain sont de nature très différente dans la perception de son propre corps.
Mais l’essentiel de ce deuxième degré est l’acquisition d’un regard sur soi. Le thérapeute insiste sur la notion de « bon objet »: il propose comme relais d’imaginer le regard sur nous d’une personne aimée, que l’on situe imaginairement en face de nous, et de le remplacer par notre propre regard nous regardant.
On introduit dans ce deuxième degré ce que les moines tibétains appellent le « voyage astral », sorte de « rêve éveillé dirigé ». Ce procédé consiste à faire voyager le Moi corporel imaginaire vers des espaces oniriques dont la symbolique a directement ses sources dans le corps et communique avec l’inconscient collectif.

Relaxation dynamique du troisième degré

Ce niveau utilise les techniques de méditation Zen. Les prises de conscience existentielle y sont très fortes.

Quelques exemples

Sur le plan thérapeutique au quotidien, la sophrologie aide dans de nombreux domaines:

  • Le stress
    Les problèmes psychosomatiques
    Préparer des événements vécus comme angoissants, comme le passage d’examens,
    la préparation aux compétions,
    Les phobies,
    La gestion les relations familiales et professionnelles,
    Etc.

Les résultats positifs sont immédiats. Quelques exemples:

Cédric souffre d’une phobie scolaire. A peine passe-t-il le pas de la porte de l’appartement familial qu’il est pris d’une diarrhée avec maux de ventre important.
Petit à petit avec les visualisations positives de l’espace scolaire, Cédric a pu retourner au lycée, d’abord une journée, puis deux, puis son cursus scolaire s’est amélioré au point que Cédric a pu passer les épreuves de bac.

Lisa souffre d’une angoisse qui l’empêche toute performance aux examens: arrivée dans la salle des partiels de médecine, son esprit se brouille et elle n’a plus accès à ses connaissances. Chaque examen est précédé d’une séance de sophrologie orientée sur les aspects qui l’angoissent afin de les transformer en situations positives. Lisa réussit très régulièrement ses différents partiels maintenant.

Marie vit une situation professionnelle difficile avec sa manager au point qu’elle est se met régulièrement en arrêt maladie pour dépression. Elle est surchargée de travail et ne sait pas donner ses limites. Petit à petit Marie apprend à connaître ses propres limites et à affronter en toute sérénité sa manager pour lui démontrer la faisabilité de son travail.

Claire va commencer un nouveau travail dans une grande entreprise qu’elle ne connaît pas. Elle ne sent que ses peurs. Ensemble nous engageons une visualisation positive de son futur poste avec une ambiance agréable, lumineuse et des contacts amicaux entre collègues. Elle a pu vivre sa première journée en toute sérénité.

—————

Article publié dans la revue « Médecine Praticienne ».

Anne Floret van Eiszner, psychologue clinicienne, a été l’assistante pendant 10 ans du Dr Jacques Donnars, président de l’Association Française de Sophrologie, et enseignante à l’Institut de Sophrologie et à l’Université des Médecines Naturelles. Elle a reçu son diplôme de Master en Sophrologie Caycedienne des mains de Alfonso Caycedo en Andorre le 25 septembre 1990.

Shares
Share This
Prendre rendez-vous en ligneDoctolib